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Un tableau de Fragonard oublié depuis 200 ans vendu 7,68 millions d’euros


On est loin des scènes libertines qui ont fait sa renommée. Et pourtant, un sublime tableau signé Jean-Honoré Fragonard a été adjugé samedi 26 juin pour la somme de 7,68 millions d’euros aux enchères.

Ce chef d’oeuvre, représentant un «Philosophe lisant», était tombé dans l’oubli pendant 200 ans, avant d’être récemment exhumé par un commissaire-priseur. La vente a été effectuée à Epernay (Marne).

Réalisée vers 1768-1770, dans la «période la plus virtuose» de cet artiste emblématique du XVIIIe siècle, selon la maison de ventes Enchères Champagne, la toile ovale, de 45,8 x 57 cm, a été mise en vente à 1.200.000 euros, puis finalement adjugée à 6.300.000 euros, pour un prix total de 7.686.000 euros avec les frais d’achat (22%). 

Elle a été acquise par un collectionneur privé, alors que sept enchérisseurs se sont manifestés, tous par téléphone. 

Un tableau toujours dans son cadre d’origine

L’oeuvre avait un temps appartenu au miniaturiste Pierre Adolphe Hall, ami du peintre Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), puis était tombée dans l’oubli pendant 200 ans avant d’être redécouverte par le commissaire priseur Antoine Petit, à l’occasion d’un inventaire de succession dans la Marne.

Elle se trouvait dans le salon d’une propriété privée, conservée en parfait état et dans son cadre d’origine, «dans la même famille depuis plusieurs générations», sans que les propriétaires n’en connaissent ni l’origine ni la valeur, raconte Maître Antoine Petit dans le dossier de presse.

Lorsqu’il la «décroche pour l’examiner de plus près», le professionnel constate immédiatement «la touche manifestement experte», les «coups de pinceau incroyablement francs», et surtout une inscription ancienne au revers du cadre en bois doré : «Fragonard». 

Un sujet rare chez l’artiste

Le tableau – qui représente un philosophe chauve à la barbe blanche, assis et lisant un imposant ouvrage – est alors authentifié par le cabinet Turquin, spécialisé dans les peintures anciennes.

«C’est le summum de la peinture française du XVIIIe siècle, par son sujet d’abord (…) et par son exécution brillantissime par Fragonard, très rapide, très légère», a expliqué à l’AFP l’expert Eric Turquin.

Agé d’une quarantaine d’années au moment de sa réalisation, Fragonard «est arrivé au sommet de son art et s’octroie une grande liberté» d’exécution, souligne aussi Stéphane Pinta, expert au cabinet Turquin. Appliquée très rapidement, la peinture semble «modelée, sculptée dans la matière».

Loin des sujets féminins et libertins qui ont fait sa renommée, Fragonard s’intéresse ici à la figure de l’homme mûr, qu’il abordera dans neuf autres portraits, «dans la lignée des portraits pittoresques de vieillards (….) appréciés par les peintres hollandais du XVIIe siècle et en premier lieu Rembrandt, que Fragonard admire», précise le cabinet Turquin. 



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