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«Un danger de nettoyage ethnique», alerte le représentant du Haut-Karabakh en France

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La guerre au Haut-Karabakh fait rage depuis la fin septembre. Cette région est enclavée entre deux États souverains, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, mais sa population actuelle est arménienne de culture et d’affect. Elle est en guerre avec l’armée azerbaïdjanaise, et l’armée arménienne lui est venue en aide, naturellement. Harold Hyman s’est entretenu avec Monsieur Hovhannès Guévorkian, Représentant du Haut-Karabakh en France. Ce professeur de géopolitique parle de l’Artsakh, le nom ancien de cette région.

Combien de morts de votre côté dans cette guerre ? Combien de réfugiés ?

Le rapport du Défenseur artsakhiote des Droits de l’Homme fait état des dizaines de civils tués et des centaines de blessés. Ce qui est surtout à souligner c’est le véritable danger de nettoyage ethnique qui est en train de se produire en Artsakh. Sur une population totale de 150.000 personnes 70.000 ont fui précipitamment pour trouver refuge en Arménie voisine, sans même avoir eu le temps de prendre le strict nécessaire avec eux. Ceux qui sont restés se défendent sous des frappes aériennes intenses. Le rapport d’Amnesty International fait état de l’usage par l’Azerbaïdjan de bombes à sous-munitions, interdites par les conventions internationales, qui lorsqu’elles ne tuent pas, infligent de très graves blessures.

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Les autorités de l’Azerbaïdjan assurent qu’ils n’ont rien à gagner à vous attaquer. Tout va bien là-bas, pourquoi tout chambouler. Que répondez-vous ? Et le Haut-Karabakh aurait-il pu attaquer de lui-même, pour provoquer une internationalisation du conflit et desserrer l’étau azerbaïdjanais ?

Je préférerais ne pas commenter les dires du pouvoir azerbaidjanais. L’Azerbaïdjan prétend ne pas employer des mercenaires djihadistes dans ses forces armées, alors que les rapports des services compétents de plusieurs Etats n’en laissent aucun doute. Il prétend ne pas être l’initiateur de cette agression, alors que ces mêmes rapports internationaux prouvent le contraire. Il s’agit d’un pouvoir qui affirme n’avoir aucun problème avec la question des droits de l’Homme alors que toutes les organisations internationales font état de très graves violations en la matière. Ce pouvoir est « réélu » depuis des décennies sur fond de fraudes constatées par de très nombreux observateurs. Quel crédit accordez-vous à la parole de cette autocratie ? Chacun est libre bien sûr dans ses choix de confiance, mais une simple étude des potentiels démographiques et militaires des parties et de la situation actuelle suffirait à un profane à comprendre à qui profite cette agression.

Avec seulement 150 000 habitants, et une aide limitée de la part de la République d’Arménie, les citoyens du Haut-Karabakh sont face à un adversaire incomparablement supérieur, l’armée de l’Azerbaïdjan. Quels sont vos buts stratégiques, qu’est-ce qui serait une campagne militaire réussie ? L’arrêt des combats ?

Vous répondez en partie à votre question précédente. Quant à notre stratégie, elle a toujours consisté à défendre la sécurité de notre peuple. Tout ce que nous avons fait pendant près de 30 ans à ce jour, répond en réalité à cet impératif. L’acte même de l’indépendance, la guerre de 1991-1994 qui s’en est suivie, la sécurisation de nos frontières, la construction d’un Etat, la formation d’une armée de Défense ont été pensés pour la sécurité et la survie du peuple du Haut-Karabagh. Donc, si nous réussissons à nous défendre contre cette nouvelle agression aussi, nous aurons réussi la campagne militaire. Cependant, l’arrêt des combats ne signifie rien en soi s’il n’est pas suivi d’un changement radical de l’attitude de l’Azerbaïdjan à l’égard du Haut-Karabakh : chasser les Arméniens de leur pays et les supprimer comme entité collective. La vraie victoire pour les Artsakhiotes comme pour les Azerbaïdjanais, ce sera l’avènement d’une démocratie que l’Azerbaïdjan n’a jamais connue et la paix retrouvée sur les bases d’une reconnaissance mutuelle.  

Parlons de l’Arménie, cette République amie de la France : la relation bilatérale franco-arménienne va-t-elle sauver le Haut-Karabakh ?

J’espère que ce ne sont pas les relations d’amitié qui vont sauver le Haut-Karabagh. J’espère aussi que chaque Etat porte la responsabilité du jugement de la situation, du nettoyage ethnique annoncé qui se déroule au Haut-Karabakh à l’aide de mercenaires djihadistes. Et je suis convaincu que chaque Etat membre de la communauté des nations, grand ami ou non des Arméniens, a sa part de responsabilité dans la prévention des crimes de guerre. De la même façon, au-delà de la responsabilité des Etats, chacun d’entre nous, a sa part de responsabilité pour dénoncer des tragédies collectives comme celle qui se joue au Haut-Karabagh en ce moment.

La Russie de Vladimir Poutine, et la Turquie de Recep Tayyip Erdogan, sont-ils les vrais décideurs finaux dans cette guerre ?

La Russie reste le pays le plus influent dans notre région. Le président turc souhaite manifestement y renforcer l’influence de son pays à l’aide l’Azerbaïdjan. Néanmoins, on ne peut déresponsabiliser l’Azerbaïdjan dans le déclenchement de l’agression actuelle. L’Azerbaïdjan peut l’arrêter s’il en décide ainsi. Par ailleurs, je ne minimiserais pas la résistance, aussi modeste soit-elle, du Haut-Karabakh qui n’a pas permis jusqu’à présent de percée majeure de sa ligne de défense. Il s’agit de jeunes conscrits d’une armée populaire, et non des mercenaires ou professionnels de la guerre. Ce sont des jeunes gens qui ont mis volontairement en parenthèse leur vie, leurs études, leur avenir, pour défendre leurs familles et leurs maisons. 

Enfin, aussi bien les Etats-Unis d’Amérique que la France, tous deux coprésidents du Groupe de Minsk de l’OSCE, que l’Union européenne dans son ensemble en tant que structure qui a mis en place des partenariats avec les pays de la région, tout comme d’autres membres de la communauté internationale, sont également légitimes à prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette guerre et à ses conséquences potentiellement dramatiques pour la sécurité de l’Europe.  

Un dernier point : le peuple du Haut-Karabakh reçoit-il l’attention et l’aide internationale à la hauteur de son malheur actuel ?

Non, bien sûr. Car il s’agit d’un réel danger d’extermination physique. La communauté internationale a appelé les parties en conflit à arrêter les opérations militaires. Manifestement ces déclarations ne suffisent pas puisque la guerre continue dans mon pays. Et du reste, ces appels auraient dû cibler la seule partie qui a enclenché et qui perpétue la guerre : l’Azerbaïdjan.

Depuis 30 ans, le Haut-Karabakh est habitué à exister sans aide extérieure. Nous avons construit un Etat, des institutions démocratiques, nous avons géré des crises majeures et nous résistons, avec l’aide de l’Arménie, à l’agression actuelle aussi.

Le Haut-Karabakh est un oublié de la communauté internationale et il semblerait qu’il l’est aujourd’hui aussi, hélas. La communauté internationale semble ignorer qu’elle devrait elle aussi s’inquiéter et réagir devant les crimes de guerre de l’Azerbaïdjan, l’expansion agressive de la Turquie et l’ancrage de mercenaires djihadistes qui se déroulent aux portes de l’Europe. Je reste, néanmoins, convaincu que nous nous en sortirons. Nous nous en sortirons comme nous l’avons fait jusqu’à présent, grâce à notre force de cohésion, notre capacité d’organisation, notre sens de responsabilité devant nos générations futures.



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