heureux-qui.com
Image default
Fil Info

Théories du complot, conspirationnisme : entretien avec le chercheur Pascal Wagner-Egger


Depuis une vingtaine d’années, Pascal Wagner-Egger, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’Université de Fribourg, travaille sur les croyances, dont celles aux théories du complot auxquelles il vient de consacrer un livre intitulé «Psychologie des croyances aux théories du complot – Le bruit de la conspiration» (ed. Presses Universitaires de Grenoble).

A l’heure où les théories du complot n’ont jamais été aussi nombreuses et accessibles – principalement sur Internet –, Pascal Wagner-Egger partage dans cet ouvrage ses longues années de recherche scientifique sur le sujet.

Quelle est sa définition du complotisme ? Comment expliquer la fascination que les théories du complot exercent sur Internet et les réseaux sociaux ? Autant de questions auxquelles il a accepté de répondre pour CNEWS.

Quelle serait votre définition du complotisme ?

Pour la définition, je dis aujourd’hui que les théories du complot – comme on les appelle – sont des accusations graves, voire très graves, de complot (action secrète menée par un petit groupe de personnes dans un but malveillant) portées sans preuves suffisantes. C’est important de le dire, car la définition plus standard de laquelle j’étais partie il y a une vingtaine d’années, était de dire qu’il s’agissait d’explications de certains événements en termes de complot. Cette définition n’est pas fausse, mais elle occulte une critique qu’on peut faire aux théories du complot, c’est-à-dire que ce n’est pas seulement une explication, mais que celle-ci est de mauvaise qualité par sa méthode. Un complot peut exister ou non, mais par une mauvaise méthode, on ne pourra jamais rien prouver.

Il y a donc de plus en plus de psychologues qui ajoutent à cette définition l’idée que les théories du complot sont irrationnelles, ou fantaisistes. Des termes choisis pour bien faire la distinction avec une explication scientifique. Parfois, les complotistes nous disent que le terme de complotiste est connoté négativement (ce qui n’est d’ailleurs pas immérité), et que cela tient de la diffamation. Ce qui n’est pas totalement faux. Mais accuser comme certains le font Alain Berset d’être un assassin ou un criminel sans présenter des preuves devant un tribunal est bien plus calomnieux et diffamatoire que de qualifier quelqu’un de complotiste, de plus en réaction à ses outrances.

Vous distinguez également «la religion du complot» de la «science du complot»…

La première concerne les croyances aux théories du complot, à savoir une croyance sans preuve suffisante (comme les croyances en Dieu ou aux extra-terrestres). En tant que scientifique, on sait que les hommes toujours cru énormément de choses sans preuve suffisante, et que la plupart de ces croyances étaient fausses (par exemple, même si une religion est vraie, toutes les autres sont fausses). C’est la raison pour laquelle nous sommes sceptiques envers toutes les croyances.

La science du complot repose sur l’enquête, policière ou journalistique par exemple. On ne peut pas prouver qu’un complot n’existe pas, parce qu’il peut toujours être très bien caché. En revanche, on peut prouver qu’il existe. Cela s’appelle le fardeau de la preuve, à charge de ceux qui veulent affirmer qu’un complot existe. Il est possible de trouver des gens qui ont participé, et qui regrettent – comme certains lanceurs d’alerte – on peut aussi trouver des documents qui attestent de leur existence. C’est comme cela qu’il est possible de distinguer les vrais des faux complots. 

Cette distinction entre religion et science du complot souligne la différence de méthode. Dans la religion, on croit sur la base d’un indice, d’un élément en apparence étrange (ce que l’on appelle une donnée erratique), qui peut être le signe d’un complot, mais aussi le plus souvent tout à fait autre chose. Alors que dans la science du complot, on recherche des preuves, et s’il n’y en a pas, on conclut qu’on n’y croit pas.

Dans le cas du Watergate, les journalistes ont trouvé des preuves du complot, et ce jusqu’au tribunal, car ces preuves doivent également être validées et reconnues. La religion du complot, elle, n’a pas de limite. Car si on soupçonne l’existence d’un complot sur la base de choses en apparence bizarres, on en trouvera partout. Comme les coïncidences avec les croyances paranormales (par exemple je dors mal les nuits de pleine lune, et j’en tire que la pleine lune affecte mon sommeil). La méthode scientifique permet justement de regarder, de répéter ces coïncidences pour voir si elles sont dues à autre chose que le hasard. La méthode des croyances ne fait que chercher des confirmations de ce qu’on croit déjà.

Un autre exemple pour illustrer la différence entre la religion et la science du complot, c’est que la première revient à croire que tous les politiciens sont pourris ou corrompus parce qu’une minorité l’est. Alors que la science du complot est d’enquêter sur d’éventuels agissements illicites et d’amener les preuves éventuelles devant le tribunal. Cette dernière méthode est utile et nécessaire en démocratie. L’autre est complètement contre-productive, car accuser toutes les personnalités politiques d’être corrompues ne sert à rien. Ceux qui seraient réellement corrompus vont pouvoir cacher les preuves, et la grande majorité qui ne l’est pas va être accusée à tort. Cela rompt la confiance dans la société. Ce qui est catastrophique pour la démocratie finalement. Il faut donc sauvegarder et renforcer les contre-pouvoirs, et ne pas croire tout et n’importe quoi.

Même masqués, les enfants sont encore plein de questionnements

Pourquoi avoir choisi d’étudier le phénomène ?

Cela remonte à un événement assez précis, au moment où je travaillais sur les croyances à propos de la pleine lune dans les années 2000, qui sont aussi d’ailleurs en passant des croyances sur la base de preuves insuffisantes (la très grande majorité des études scientifiques conclut à une absence d’effet). Scientifiquement parlant, seule la lumière de la pleine lune est susceptible de jouer sur la qualité du sommeil, ou sur le nombre de cambriolages ! Il n’y a rien de prouvé, et pourtant ces croyances très anciennes existent toujours.

Dans ce cadre-là, j’avais lu un magazine à propos de la lune, et il y avait un article sur la théorie du complot dont je ne connaissais pas l’existence concernant la mission Apollo 11, qui affirmait que les Américains ne sont pas allés sur la Lune, et que les images ont été tournées dans un hangar perdu dans le désert du Nevada par Stanley Kubrick lui-même. J’en ai parlé à des collègues qui travaillaient sur les rumeurs, et on a commencé à faire des études là-dessus.

Peut-on dire qu’il y a un essor des théories du complot ces vingt dernières années ?

Cela paraît évident, même si nous n’avons pas véritablement de données chiffrées longitudinales. Mais si on considère les recherches sur Internet en fonction des mots-clés, on voit qu’il y a une explosion du terme «théorie du complot» au fur et à mesure des années. A l’époque où j’ai commencé mes travaux, il y avait peu d’études sur le sujet, alors qu’aujourd’hui, en Europe par exemple, il y a des dizaines de psychologues qui s’intéressent à ces questions. Depuis les attentats terroristes notamment, et bien sûr la pandémie, c’est devenu un sujet d’intérêt général.

Dans mon livre, je présente les cinq causes possibles du complotisme, que l’on peut réduire à trois grandes catégories, les causes d’ordre social et politique, les causes d’ordre psychologique, et les causes liées à Internet. Sur les trois, c’est bien sur l’avènement d’Internet qui a sans doute principalement provoqué l’essor des théories du complot. En effet, notre psychologie et nos sociétés ont moins changé (ou elles changent justement à cause de l’influence d’Internet).

Au niveau psychologique, notre cerveau n’a pas changé, mais nous les psychologues avons observé depuis des décennies que l’être humain croit trop vite, à partir de quelques cas, sur la base d’un mode de pensée intuitif hérité de nos ancêtres dont la survie était le but principal, et s’accroche à ses croyances autant individuellement que socialement. C’est ce qu’on appelle aussi les biais cognitifs, des raccourcis de pensée très rapides qui nous ont permis de survivre dans un monde dangereux mais qui deviennent inadapté à notre monde actuel. La bonne nouvelle est que l’on peut inhiber ces biais, par la connaissance et l’habitude.

Concernant le changement de société, cela remonte je dirais à ces quarante dernières années, avec la globalisation, et de nouvelles entités politiques comme celle de l’Union européenne. Le monde devient plus complexe, les centres de décision politiques plus lointains. C’est ce qui se trouve à la base du concept d’anomie dont parlent les sociologues depuis Durkheim, à savoir un sentiment de ne plus avoir de prise sur notre quotidien, de l’absence de réelle démocratie, d’avoir l’impression de voter pour des politiciens qui finalement ne font que ce qu’ils veulent, ou qui font tous plus ou moins la même politique.

Quel a été le rôle d’Internet dans tout cela ?

Internet a été une caisse de résonance immense pour tout ce qui est rumeurs et fausses croyances. Les biais cognitifs évoqués plus haut expliquent pourquoi nous sommes attirés par la désinformation, et le fait de la diffuser à l’échelle mondiale produit évidemment des effets catastrophiques, d’autant plus que la correction d’une fausse information touchera toujours bien moins de monde que la fausse information. Internet crée aussi des communautés, comme ces sites d’informations alternatives qui rassemblent des millions d’internautes dans le monde entier. Le réseau mondial permet également de stocker ces idées où, quand on effectue une recherche sur un thème précis, plusieurs théories complotistes se côtoient, plus ou moins anciennes. Et le complotiste va se dire «y’a pas de fumée sans feu» (ce qui est un exemple de biais cognitif, puisque comme le rappelait Desproges, «Il n’y’a pas de fumée sans feu, sauf en cas de brouillard»).

Aujourd’hui, on remarque que sur YouTube, les autrefois très nombreuses vidéos complotistes ne sont plus du tout présentes, alors qu’au début de la pandémie, quand on tapait ‘complot COVID’, on tombait sur plusieurs dizaines voire centaines de vidéos qui ont complètement disparu depuis.

C’est un «ménage» qui a été fait volontairement ?

Oui, et cela a été considéré comme une censure de la part de YouTube. Pour la liberté d’expression, cela n’est effectivement jamais bon quand on fait le «ménage», surtout une entreprise privée. Mais en même temps, ce n’est pas une vraie censure parce que ces contenus peuvent être postés ailleurs, sur d’autres sites, et ne pas recevoir cette surexposition problématique.

Vous soulignez d’ailleurs dans votre livre que 54% des vidéos présentes sur YouTube allaient à l’encontre de la majorité des études scientifiques sur le réchauffement climatique.

C’est effectivement un exemple de la surexposition de la désinformation sur Internet, puisque les fake news et autres propos anti-science n’ont qu’Internet comme canal de diffusion.

A quel point les réseaux sociaux favorisent-ils les théories du complot, et est-il possible pour eux de faire attention aux contenus diffusés sur leur plate-forme sans être accusés de censure justement ?

Repérer les contenus complotistes est réalisable, mais l’erreur de censure est toujours possible. Des personnes qui critiquent les théories du complot se plaignent notamment de voir leur compte se faire censurer parce que les algorithmes n’ont pas su faire la différence.

D’autres mesures sont possibles. Comme sur Twitter où on demande à la personne qui souhaite retweeter un contenu la confirmation s’il en a bien pris connaissance avant de la partager. J’ai vu aussi un système adopté par certains médias en ligne où quelques questions sur le contenu sont posées afin de s’assurer que la personne sait de quoi parle l’article avant de pouvoir le reposter. Beaucoup de ceux qui partagent les contenus n’ont parfois lu que le titre d’une information, particulièrement si elle est sensationnaliste ou qu’elle va dans le sens de ses opinions.

Dans votre livre vous soulignez d’ailleurs l’importance que jouent les émotions.

Oui tout à fait. Surtout les émotions négatives. L’émotion principale, c’est l’indignation. Quand on est indigné par quelque chose, on partage tout de suite. On dit ‘regardez, c’est scandaleux’, mais souvent, on n’a même pas lu l’article, ou on l’interprète de façon incorrecte, comme c’est arrivé de nombreuses fois dans mon réseau Facebook par exemple… On s’arrête au titre, même si celui-ci n’a pas le même sens que ce qui est écrit dans l’article.

Les inégalités sociales et économiques contribuent-elles à l’émergence et à la croissance des théories du complot ?

Oui, clairement. Et ce n’est pas un avis idéologique de gauche ! Je me base sur des données de recherche. Tout ce que je dis dans mon livre à propos des théories du complot est basé sur un certains nombre d’études scientifiques (jamais une seule qui pourrait être un faux positif), qui auraient pu montrer le contraire, et/ou sur des principes rationnels scientifiques. Je me suis forgé un avis non pas a priori, mais après bientôt vingt ans de travaux et de recherches. Au départ, en tant que psychologue, on ne se pose d’ailleurs que la question de savoir qui croit plus ou moins, ou pourquoi nous pouvons toutes et tous croire à certaines choses. Nous ne dénonçons certaines croyances que si des preuves scientifiques (et dans la réalité) nous indiquent que ces croyances peuvent être dangereuses pour certains individus, pour certains groupes sociaux ou pour nos démocraties. Plusieurs études ont été menées dans différents pays en prenant en compte les écarts entre les plus hauts et les plus bas salaires, et ces études confirment que plus un pays est inégalitaire, plus les gens croient aux théories du complot. Ce n’est finalement pas surprenant, car le complotisme – donc ces accusations graves sans preuves suffisantes – est un discours de revanche contre les élites. Cela peut aussi viser parfois des minorités détestées, comme les Musulmans ou les Juifs. Mais ce sont le plus souvent certains groupes de «l’élite» qui sont visés (gouvernement, scientifiques, autorités sanitaires, autorités internationales, etc.). Ce discours de revanche qu’est finalement le complotisme est tenu par des gens qui sont un peu oubliés par le système : plus on descend dans l’échelle sociale, plus on se place aux extrêmes politiquement (et surtout à l’extrême droite), plus on est susceptible d’adhérer à ces théories, car elles permettent de donner une raison pour laquelle on est défavorisés, ainsi que de désigner un bouc émissaire.

Quelle distinction faites-vous entre la personne qui doute et celle qui va tomber dans le complotisme ?

Comme le racisme et l’extrémisme, il existe des degrés différents de complotisme. Et cela rend le sujet et l’étiquette délicats. C’est pourquoi je préfère dire que tel argument est complotiste, ou pas. Les seules personnes qu’on peut qualifier de complotistes sont celles qui ont tendance à voir des complots partout, et qui sont complètement radicalisées et fanatiques, comme on peut le voir avec les leaders complotistes contre les politiques sanitaires.

La différence entre le doute, qu’on appellera raisonnable, celui des scientifiques, et les théories du complot, c’est que les secondes mettent en scène un doute qui n’a plus de méthode. Si vous doutez, c’est bien. Mais il faut une méthode pour encadrer le doute (la méthode scientifique, qui nous indique de douter de manière proportionnellement inverse au niveau de preuve dans un domaine, ou l’enquête à la recherche de preuves de complot, ce que j’appelle la science du complot), parce que le doute sans méthode, la religion du complot, mène tout droit au nihilisme par une pente glissante (plus rien n’est vrai, tout est caché, la majorité des êtres humains sont mauvais et corrompus, etc.).

Par exemple, il y a un doute : peut-être que le virus est issu d’un accident de laboratoire (ce qui est en quelque sorte un demi-complot, un accident plus un complot pour cacher cet accident), ou le fruit d’une dissémination volontaire comme arme biologique. Mais tant que l’enquête n’a pas apporté les preuves, je ne peux pas juste «y croire». Je peux penser que cela est possible. Mais je dois être très prudent avec cette croyance, parce que c’est une accusation grave, et dans le domaine de la justice, on ne peut pas accuser sans preuves suffisantes (c’est de la diffamation, même si dans le fond l’accusation était correcte). Le fardeau de la preuve est à la charge des hypothèses de complot et demi-complot, parce que l’hypothèse de la transmission naturelle ne conduira aucun pangolin ou chauve-souris devant un tribunal. En sciences également, on utilise le principe de parcimonie (ou rasoir d’Ockham), qui stipule qu’en l’absence de preuves on garde l’hypothèse la plus simple, et qu’on ne l’abandonne que si des preuves en faveur des hypothèses plus complexes sont présentées. La théorie de la transmission naturelle est plus parcimonieuse parce que la plupart des épidémies et pandémies ont une origine animale. Il est arrivé quelques fois que des virus s’échappent de laboratoires, mais dans des cas très rares).

Ainsi, le mode de pensée rationnel, scientifique ou juridique, nous amène à considérer qu’on ne peut pas juste «croire» à certaines hypothèses, mais qu’on peut demander ou encourager des enquêtes (et l’on ne «croira» à tel ou tel complot qu’au terme de l’enquête et des procès, qui attesteront ou non des accusations proférées, donc qu’avec des preuves).

Avez-vous l’impression d’une défiance grandissante envers la science, et la méthode scientifique ?

Oui et non. Les chiffres en Suisse montrent que, pendant la pandémie, la confiance dans la science est restée assez stable. En revanche, la confiance envers les politiciens et les médias a diminué. Comme on l’a dit, cette crise de confiance est surtout socio-politique, et j’ai l’impression que de réduire les inégalités sociales, qui dans nos sociétés ont en plus tendance à augmenter, est le remède principal.

Envers la science, il y a une méfiance aussi, mais je dirais qu’elle n’augmente pas. Elle s’est un peu radicalisée avec la pandémie, mais on la voyait déjà avec les médecines parallèles, les pseudo-sciences, etc. Il y a aussi une incompréhension, parce que les gens pensaient que les scientifiques avaient une réponse toute faite. Mais cela prend du temps de trouver un consensus entre les scientifiques. Comme pour le réchauffement climatique, où il y a toujours eu des experts isolés pour dire le contraire. Mais quand on a fait des sondages, on s’est aperçu que 95 à 98% des scientifiques étaient d’accord sur un réchauffement climatique d’origine humaine. C’est ce qui se passe avec la pandémie, certains médecins, ou spécialistes d’autres disciplines, sont crus par une partie de la population, sans doute parce qu’ils forment une minorité très bruyante, et qu’ils apportent à ces gens l’impression que la science est de leur côté.

Quel regard portez-vous sur le mouvement QAnon et pourquoi parvient-il à séduire autant de monde aujourd’hui ?

Selon la célèbre boutade de G.K. Chesterton souvent citée par Umberto Eco : «Depuis que les hommes ne croient plus en Dieu, ce n’est pas qu’ils ne croient plus en rien, c’est qu’ils sont prêts à croire en tout». QAnon me fait clairement penser à des croyances religieuses sectaires. Même si certains s’étonnent de que des gens puissent croire à des choses délirantes, il faut bien dire que l’humanité a cru à toutes sortes de fantaisies depuis des millénaires, comme le fait que quelqu’un a marché sur l’eau, changé de l’eau en vin, ou le fait que de tuer des innocents pourrait nous permettre d’accéder à la béatitude éternelle.

Le Q de QAnon est devenu très célèbre aux Etats-Unis

Depuis le mois d’octobre 2020, jusqu’en janvier 2021, j’ai beaucoup discuté avec certains adeptes de QAnon – qui m’ont contacté eux-mêmes – et il y avait vraiment une idée du jour du Jugement dernier qui était proche : pour eux, le fameux Q et Donald Trump allaient intervenir avec l’armée et leurs soi-disant preuves de fraudes massives (et de pédo-satanisme) à chaque étape de l’élection US. Ces personnes me disaient de me tenir prêt, m’assuraient que j’allais tomber de ma chaise et que je serais bientôt contraint de changer le contenu de mes cours face à l’imminence des révélations qui allaient être faites. Le plus fascinant, c’est que plus leurs prédictions rataient lamentablement, et plus ils y croyaient, alors qu’un esprit rationnel aurait révisé ses croyances. Cela m’a ramené à une expérience passionnante de psychologie sociale dans les années 1950, dans laquelle les adeptes du secte annonçant la fin du monde sont devenus encore plus croyants alors que la fin du monde n’a pas eu lieu.

Quelque part, ces théories du complot donnent à ceux qui les portent la sensation d’être des experts dans leur domaine. Avec souvent l’idée que la masse réagit comme un troupeau de moutons, et qu’eux sont dans le vrai.

On en revient à ce sentiment d’anomie des gens en bas de l’échelle sociale qui pensent ne plus avoir d’importance, qu’on ne les écoute plus, le sentiment d’être abandonnés. Ces croyances peut redonner un sens à leur vie, comme dans une secte, avec le sentiment qu’on a trouvé la «lumière», qu’on est plus «éveillés» que les autres, les moutons de la majorité qui sont dans l’obscurité. Toute secte et religion utilise cette métaphore de la lumière (même les scientifiques avec l’obscurantisme, mais avec raison !). Ils sont la minorité qui éclaire le monde. Psychologiquement, il y a des études qui montrent que plus on a besoin de se sentir unique, plus on croit aux théories du complot. Ça marche aussi pour ceux qui ont une mauvaise estime d’eux-mêmes. Cela peut être dangereux, car cela donne l’illusion d’être au-dessus de la masse et peut justifier tous les excès, y compris la violence.

Le syndrome de Galilée est une erreur de raisonnement assez classique liée à cela, qui consiste à utiliser l’exemple des grands génies qui ont été critiqués par la majorité. Mais s’il est vrai qu’être un génie implique souvent d’avoir été malmené par la majorité, l’inverse n’est pas vrai, et c’est même le contraire : en sciences le cimetière des idées fausses ou abandonnées est bien plus grand que le musée des bonnes idées… Ainsi par exemple Isaac Newton était alchimiste, mais personne n’a gardé ces idées sur l’alchimie. On a gardé sa théorie de la gravitation parce que d’autres ont pu confirmer qu’il avait raison.

Pascal Wagner-Egger : Psychologie des croyances aux théories du complot – Le bruit de la conspiration (Ed. Presses Universitaires de Grenoble – avril 2021) – entre 14,99 et 18 euros.



Source link

Autres articles à lire

DIRECT – Coronavirus : Premiers vaccins Moderna administrés aux Etats-Unis dans l’Etat du Connecticut

adrien

Le Louvre célèbre la bande dessinée le 11 et 12 juin

adrien

NBA : les 5 meilleurs cadeaux à offrir à un fan

adrien

Sacre de Mary Pierce à Roland-Garros 2000 : «Mon rêve qui devenait réalité»

adrien

Tout savoir sur la vaccination «réactive», cette nouvelle stratégie face aux variants

adrien

L’humoriste Camille Chamoux prend «Le temps de vivre» avec succès sur scène

adrien