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Stéphane Bern : «visiter un monument n’est pas plus dangereux que d’aller faire ses courses»


Prévues ce week-end, les Journées européennes du patrimoine (JEP) sont majoritairement maintenues mais ont été contraintes de s’adapter au coronavirus. Pas de quoi démotiver pour autant Stéphane Bern, l’initiateur du Loto du patrimoine, qui compte sur les Français pour être au rendez-vous. L’occasion, aussi, pour le célèbre animateur de faire le point sur son actualité médiatique qui, parfois, confine à la politique. Entretien.

Les 37e Journées européennes du patrimoine (JEP) sont placées cette année sous le sceau du Covid-19. Comment appréhendez-vous cette édition très particulière ?

La situation autour des Journées européennes du patrimoine est effectivement un peu plus compliquée cette année que les années précédentes, mais elle est également contrastée. Certes, des villes comme Marseille ou Bordeaux, ont été obligées de les annuler mais elles sont maintenues dans beaucoup d’autres territoires.

Il faudra, bien sûr, respecter les règles sanitaires, mais il y a une telle diversité de lieux que je crois qu’il y a de la place pour tout le monde. Les Français, et c’est bien normal, ont l’habitude de se concentrer sur les grands monuments qui appartiennent à l’Etat (l’Elysée, l’Assemblée nationale avec le palais Bourbon, l’hôtel de Matignon…), mais il reste d’autres sites fabuleux que j’encourage vivement à visiter.

J’entends certaines craintes, mais je crois que visiter un monument pour les Journées du patrimoine n’est pas plus dangereux que d’aller faire ses courses. Il n’y a pas plus de risques. Le tout est de simplement respecter les règles sanitaires, de porter le masque, et d’appliquer les gestes barrières. Les préfectures ont également mis en place toute une série de mesures avec des seuils maximum d’admissions de personnes. Si on respecte les règles, tout ne peut que bien se passer.

Auriez-vous, justement, deux ou trois monuments à suggérer, des lieux que les Français pourraient visiter pour ces JEP ?

Ce vendredi soir, France 3 diffuse «Le monument préféré des Français 2020». Quatorze monuments sont en lice pour cette nouvelle édition. Je peux en citer quelques-uns, mais pas seulement, qui sont tout autant d’idées : je pense, notamment, au Palais Idéal du Facteur Cheval, à Hauterives dans la Drôme. Je trouve que c’est un endroit plein de poésie.

A Paris, il y a la Sainte-Chapelle, sur l’île de la Cité, pour se laisser éblouir par les 1.113 vitraux de ce joyau gothique. Un peu plus loin, à peine au bout de la ligne 1, se trouve le château de Vincennes qui appartient au centre des monuments nationaux. C’est un endroit fantastique et il n’y a souvent personne, c’est quand même incroyable !

Mais en région, il y a aussi l’abbaye Sainte-Marie de Lagrasse, dans l’Aude près de Carcassonne, qui est aussi un lieu absolument magique. Je signale aussi une autre abbaye : celle de Notre-Dame de Sénanque, près de Gordes dans le Vaucluse, que j’ai contribué à sauver avec le Loto du patrimoine et la mission Bern et j’en suis très heureux.

Vous accompagnez Emmanuel Macron ce vendredi dans le Gers, à l’Hôtel de Polignac, l’un des 18 monuments en péril qui, lui aussi, avait pu bénéficier du Loto du patrimoine en 2018. Quel est le but de cette visite ?

Le but est tout simplement de montrer ce que l’on a pu concrètement faire avec l’argent récolté grâce à cette opération. Pour la troisième année, l’enjeu est aussi de continuer à convaincre les Français. Pour cela, il faut absolument montrer tout ce que l’argent du Loto du patrimoine a permis de réaliser.

En deux ans, ce sont au total 90 millions d’euros qui ont pu être récoltés et plus de 180 monuments qui ont pu être sauvés. C’est quand même pas mal pour une mission bénévole d’un type, moi en l’occurrence, dont certains ont dit qu’il ne servait à rien.

Mais c’est surtout les Français qu’il faut saluer, car ce sont eux qui ont montré qu’en se mobilisant on pouvait sauver le patrimoine. Je rappelle enfin qu’il ne s’agit pas d’un impôt. C’est un Loto et les gens gagnent 75 % des sommes en jeu. Le reste, notamment la part de l’Etat, revient directement au patrimoine. Eh bien avec cette part là on a pu sauver pas mal de monuments.

L’hôtel de Polignac a par ailleurs la particularité d’abriter dans ses murs une école publique. Et, toujours ce vendredi, ont lieu «Les Enfants du patrimoine», un événement spécialement dédié aux scolaires. En quoi est-ce important de sensibiliser les enfants en la matière ?

Le thème retenu pour ces 37e Journées européennes du patrimoine est : «Patrimoine et éducation : apprendre pour la vie». Polignac montre parfaitement que l’on peut transformer le patrimoine en une école, un lieu de vie. 

Je crois qu’il est aussi important de sensibiliser les enfants au patrimoine, que de les sensibiliser au goût par exemple. Il y a partout dans les écoles des semaines du goût et moi j’aimerais que l’on sensibilise les enfants à l’amour du patrimoine tout simplement parce qu’un jour il leur reviendra de le défendre et de le protéger.

Il faudrait que «naissent» de futurs Stéphane Bern d’une certaine manière, je veux dire par là qu’il faut qu’il y ait de futurs défenseurs du patrimoine parmi les jeunes générations.   

Concernant plus largement le secteur culturel, très en souffrance, vous avez déploré un «deux poids, deux mesures» avec une distanciation physique imposée dans les théâtres et salles de cinéma, laquelle n’est pas obligatoire dans les transports. C’est un point de vue que vous défendez auprès d’Emmanuel Macron ou de Roselyne Bachelot ?

Quand on m’interroge sur ce sujet, je dis ce que j’en pense. Le chef de l’Etat ne m’a pas posé la question mais si on aborde le sujet, je pourrais évidemment lui en parler, comme je parle à Roselyne Bachelot aussi.

Je constate en tout cas qu’il y a des rave party ou des matchs de foot un peu partout, sans aucune distanciation et j’ai donc le sentiment qu’il y a parfois quelques incohérences. Je crois que les Français sont des gens cartésiens, rationnels et quand ils ne comprennent pas les règles, ils ont du mal à les appliquer.

Pour ma part, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi lorsque je suis dans un TGV, je suis agglutiné avec mes voisins masqués alors qu’au théâtre il faudrait qu’il y ait un fauteuil sur deux ? Je ne comprends pas. 

Comment qualifieriez-vous vos rapports avec l’actuelle ministre de la Culture ?

Les rapports que j’entretiens avec Roselyne Bachelot sont amicaux. Je dirais même qu’ils sont affectueux. Je la connais depuis très longtemps. Je crois qu’elle m’apprécie et de mon côté j’ai toute confiance en elle. 

Quand on est ministre de la Culture, il faut deux choses pour gagner des arbitrages : une assise médiatique et une assise politique. Roselyne Bachelot a les deux. Elle arrive à gagner des arbitrages tant à Bercy, le ministère de l’Economie, qu’auprès du Premier ministre Jean Castex.

Le plan de relance de 2 milliards d’euros pour la Culture, dont 614 millions dédiés au patrimoine et aux musées, est par ailleurs une excellente nouvelle pour tous les métiers du secteur, dont certains, comme les artisans, les métiers d’art ou les auto-entrepreneurs, n’ont pas été protégés par le chômage partiel pendant la crise du Covid-19. 

Le 1er septembre est paru «Le patrimoine de la France pour les nuls», livre dans lequel vous partagez votre amour du patrimoine avec le plus grand nombre. Diriez-vous que vous êtes investi d’une mission ?

Le patrimoine est en effet une mission que je me suis assignée. C’est quelque chose que je porte cela en moi depuis très longtemps et qui me dépasse totalement.

Le patrimoine, et j’en fais moi-même l’expérience avec le collège royal et militaire de Thiron-Gardais que j’ai racheté et fais visiter, ça se partage, ça ne se garde pas pour soi. C’est de la culture à portée de main, ça crée de la convivialité, de l’identité dans les villages et ça répond aussi à une crise.

Cela m’avait particulièrement frappé pendant la crise des gilets jaunes. J’avais expliqué en haut lieu que le seul, le dernier facteur même, d’égalité qui reste entre les villes et les campagnes, c’est le patrimoine puisque 52 % du patrimoine se situe dans des communes de moins de 2.000 habitants. Je crains, hélas, de ne pas avoir été entendu.

Ne pourriez-vous pas justement porter ce message plus haut ? Si l’on vous proposait, un jour, de devenir à votre tour ministre de la Culture, ne seriez-vous pas intéressé ?

Qu’est-ce qu’il y a de plus haut que d’être un animateur populaire, issu de la société civile ? Quand je parle on m’écoute alors que si j’étais ministre, plus personne ne m’écouterait. Ceci dit, on écoute bien les discours de Roselyne Bachelot parce qu’elle est drôle, pleine d’esprit, et qu’elle parle bien.

La boutique éphémère de l'Elysée crée chaque année l'évènement des Journées Européennes du Patrimoine

Si j’étais à la Culture, le patrimoine ne serait qu’un dossier parmi beaucoup d’autres à gérer : intermittents du spectacle, cinéma, création, mode, communication… J’aime mon métier qui est celui d’être animateur sur le service public, ce qui ne serait plus possible comme ministre.

Je suis très bien à ma place. Je suis libre et en étant à la tête d’une mission bénévole, je le suis davantage encore. Je suis libre de ma parole ce qui, parfois, peut énerver le pouvoir, même si à d’autres moments, il peut être très content de ce que je dis. Dans tous les cas je dis ce que je pense.

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