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Riad Sattouf à propos des Cahiers d’Esther : «écouter ce que les jeunes ont à dire est oxygénant»

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Repoussé suite à la crise sanitaire, le très attendu cinquième volume des Cahiers d’Esther est publié ce jeudi 11 juin. Rencontre avec son auteur, le génial Riad Sattouf.

Esther fête désormais ses 14 ans, voyage avec sa classe, apprend à danser le «floss», écoute Angèle, découvre la transgression, l’éveil citoyen et les flirts. Durant toute une nouvelle année, Riad Sattouf, l’auteur de l’Arabe du futur, a continué à recueillir les confidences de cette jeune fille bien réelle cachée sous son pseudonyme désormais célèbre. Le résultat est un nouveau tome des «Cahiers d’Esther» de haute volée, avec un soin toujours plus grand apporté aux mots, témoins de notre époque.

Quel regard portez-vous sur la période qui vient de se dérouler ?

Bien malin celui qui peut dire qu’on a mal fait ou qu’on aurait dû faire mieux. On a commencé à dire que ce virus était inoffensif puis qu’il était plus dangereux qu’il ne l’était. Il est bien plus facile de croire en une fausse vérité que d’écouter la science qui se base sur l’expérience. J’ai trouvé émouvant de voir l’humanité face à un tel virus, terrible par bien des aspects mais qui aurait pu être, comme le Sras ou le Mers, plus agressif. On a tendance à oublier que nous sommes des créatures vivantes et sensibles aux maladies. Ces virus nous ramènent à notre animalité. L’être humain a besoin de piqûres de rappel.

Finalement, cette pandémie est bénéfique pour l’humanité ?

Si demain, on apprenait qu’un astéroïde allait percuter la terre, plein de gens diraient qu’on aurait dû développer des programmes de conquête spatiales. C’est toujours pareil : on ne peut jamais tout prévoir. Je trouve que l’humanité ne s’en est pas si mal sortie. Je ne sais pas si c’est mal vu d’être positif avec ces trucs là mais je garde une grande confiance en l’humain. J’ai été ébahi de voir à quel point les français ont si bien respecté le confinement, mis des masques, sont restés chez eux. Il y avait quelque chose d’émouvant et de citoyen. Beaucoup pensaient qu’on n’y arriverait pas.

 

Que pensez-vous de ce fameux «monde d’après» dont on a beaucoup parlé ?

Je ne suis pas trop pour les grandes théories sur ce qu’on devrait ou non faire. J’ai tendance à laisser la parole aux scientifiques sur ces sujets-là. A mon petit niveau, le monde d’après, je l’espère plein de livres et de BD, ainsi que de lecteurs avides de toutes sortes de lectures. Pour le reste, il faut encourager la recherche.

Chez vous le gel hydro alcoolique ne date pas de cette pandémie… Vous êtes connu pour être un brin hypocondriaque. Comment avez-vous vécu ce confinement ?

L’hypocondrie se caractérise par la peur des maladies imaginaires, et me concernant, je n’aime juste pas être malade ! Donc il est vrai que j’ai toujours des petits stocks de gel avec moi. Le confinement m’a surpris, comme tout le monde, mais j’avais mes réserves de gel et de masques ! En tant qu’auteur de BD, le confinement n’a pas changé grand-chose à mon quotidien. Je l’ai passé dans mon bureau à dessiner le tome 5 de L’Arabe du futur.

Le monde d’après, je l’espère plein de livres et de BD

Sur la couverture, Esther est accroché à la barre du métro. C’est un geste très transgressif au regard de l’actualité ! Faire de la BD est-il un acte militant en faveur de la liberté ?

Concevoir des BD est juste la passion d’une vie et reste, en ce sens, ma grande liberté. Plus jeune, j’étais obsédé à l’idée de faire des livres un jour. Même si je n’ai pas eu de succès pendant de nombreuses années, j’étais hyper content de vivre ma passion, pas même d’en vivre. Aujourd’hui, je me sens totalement comblé.

Quant à la couverture du nouveau tome des Cahiers d’Esther, je l’ai pensée avant le confinement. La barre du métro, même avant la crise, symbolise un endroit maléfique et répugnant, plein de virus. Imaginer des jeunes filles qui la touchent sans y prendre garde est aussi une manière de dire que le personnage que je décris est très différent de moi !

Vous êtes particulièrement attentif aux mots, comme s’ils étaient les témoins attentifs de notre époque.

J’aime beaucoup les livres qui me font voyager dans le temps, comme dans certains Tintin notamment les 7 boules de cristal, dans lequel il y a des détails de l’époque qui n’existent plus aujourd’hui. Goûter à la saveur d’une époque me plaît énormément. Avec Les cahiers d’Esther ou La vie secrète des jeunes, je fais certainement un peu ça aussi sans m’en rendre compte.

Riad Sattouf continue l'adaptation télévisée de ses formidables «Cahiers d'Esther»

Qu’est-ce qui vous passionne chez les jeunes ?

Je garde énormément de souvenirs de cette période-là, comme si je ne l’avais jamais vraiment quittée. Je continue à pratiquer le dessin, la BD, les jeux vidéo, j’adore les technologies nouvelles et je suis présent sur les réseaux sociaux. Je me sens proche des jeunes par cette excitation vis-à-vis du monde moderne. C’est hyper intéressant de comprendre comment ils envisagent le futur, ce qu’ils ont dans la tête. Alors que plus on vieillit, plus le futur nous semble sombre, au contraire, il est très rafraichissant et oxygénant d’écouter ce que les jeunes ont à dire.

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© Riad Sattouf / Allary éditions

Sont-ils plus conscients de l’état du monde que votre génération ?

On était déjà au courant que le monde était très pollué, il y avait cet énorme trou dans la couche d’ozone et déjà beaucoup de catastrophes écologiques. Mais nous n’avions pas cet organe électronique extérieur : le smartphone, organe de télépathie qui peut réveiller une conscience de manière virale pouvant déclencher de grands mouvements.

Le tome 1 du Dernier Atlas avait reçu le Prix Goscinny au dernier Festival dAngoulême

Dans ce volume, Esther voyage et semble grandir d’un seul coup. Le voyage est-il nécessaire à l’accomplissement, et à la création dans votre cas ?

Je reste convaincu que le voyage est quelque chose de fondamental dans la construction de chacun. Chaque pays devrait offrir aux jeunes un an de voyage pendant lequel il faudrait visiter au moins vingt lieux avec vingt cultures différentes. Cela permettrait de développer une certaine vision de l’humanité. Tous les problèmes du monde viennent du fait que les gens ne voyagent pas. Parcourir le monde est essentiel pour ouvrir son horizon.

Vous avez continué à avoir des discussions avec la vraie «Esther» ?

Bien sûr. J’ai raconté chaque semaine son confinement et désormais son «déconfinement». Le prochain volume sera évidemment en lien avec le coronavirus, je ne peux pas passer à côté. A quinze ans, avoir vécu une pandémie mondiale, c’est quand même un évènement historique majeur qui aura longtemps des répercussions.

Comment a-t-elle vécu ce confinement ?

Elle s’en fichait complètement ! Elle a assez vite compris que les jeunes semblaient être épargnés par le virus et qu’il est plus dangereux pour les garçons. Sa vie quotidienne a été impactée, ses parents étaient très anxieux, elle ne pouvait plus voir ses amis donc forcément, ça génère une angoisse mais elle n’a pas du tout été terrifiée à l’idée d’attraper le virus.

Ce n’est pas le journal intime d’une jeune fille

Esther est aussi devenue une star des réseaux sociaux. Pas de quoi prendre la grosse tête ?

Non, ça va. Je la change pas mal pour ne pas détruire sa vie. Elle est surtout amusée d’avoir participé à un projet qui rencontre un tel écho.

A cet âge-là, il n’est pas plus difficile de la faire parler de son quotidien ?

J’ai toujours bien aimé que cette jeune fille soit volubile et sans aucun mal-être. Car ce n’est pas le journal intime d’une jeune fille. C’est un témoignage de ce qu’elle veut bien me raconter. Je ne lui pose pas de questions sur sa vie sentimentale par exemple. Je vais parfois l’orienter plutôt vers des questions sur la politique, les gilets jaunes, Greta Thunberg… Mais je ne lui tire jamais les vers du nez. Ce n’est pas le projet de cette série.

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© Riad Sattouf / Allary éditions

Elle a découvert la mort de George Floyd sur les réseaux sociaux quelques jours après l’évènement, un peu avant que les médias en parlent. Il est intéressant de voir la détonation se produire, en plusieurs étapes, et comment les jeunes ont investi les réseaux sociaux. Ils ne s’informent plus que par ça.

Vous avez souffert du racisme ?

J’ai eu la chance de n’avoir jamais été victime du racisme en France. A l’inverse, j’ai un peu souffert de xénophobie en Syrie car j’étais un étranger venu de France. Ici, je n’ai jamais eu de soucis ou été empêché d’aucune sorte. Mon nom est plus ridicule que marqué culturellement ! Quand j’étais jeune, il y avait très peu de Riad… Ça aurait pu être un prénom breton.

Les cahiers d’Esther, volume 5, Histoires de mes 14 ans, Allary éditions, 56 p., 16,90€.

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