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Manga : Le chef d’œuvre Destination Terra enfin adapté en France


Ce n’est ni plus ni moins qu’un chef d’œuvre qui s’offrira aux amateurs de mangas à partir du 16 juillet. Publié au Japon entre 1977 et 1980, il a fallu attendre plus de 40 ans pour voir Destination Terra enfin édité dans nos contrées.

Un titre de SF où les thématiques abordées sont encore d’actualité. A la plume et au crayon, on retrouve une très grande dame du manga, Keiko Takemiya, dont la renommée est encore trop discrète dans l’Hexagone.

Un «oubli» que naBan Editions entend réparer en proposant une belle édition en trois tomes de cette aventure spatiale dont on admire chaque planche, et où l’élégance du trait subjugue les cases.

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© Keiko Takemiya

Destination Terra nous emporte dans un avenir lointain où notre Terre se meurt et contraint l’humanité à migrer aux confins de l’univers pour trouver de nouveaux berceaux pour la vie. Un choix difficile qui a surtout obligé à coupler cet exode avec l’ingéniérie biologique, pour produire des humains parfaits qui doivent vivre sous l’égide d’ordinateurs en charge de leur condition. C’est à bord d’un vaisseau spatial que l’on fera la connaissance d’un équipage singulier commandé par le jeune Soldier Blue.

Un équipage qui n’a jamais vu Terra (la planète bleue) et qui devra faire encore un long chemin avant de l’admirer… Mais ce retour n’est pas sans risque, et pour préserver cette société parfaite, les intelligences artificielles sont prêtes à tout, même à éliminer des humains qui ne rempliraient pas leurs critères.

Un scénario de SF humaniste

Et ce scénario humaniste a su très bien vieillir. Le talent de son autrice ayant fait la différence. Car Keiko Takemiya est connue pour faire parti du «groupe de l’An 24» (qui désigne 1949 au Japon) année qui coïncide avec l’année de naissance d’une génératon de femmes mangakas qui ont su transfigurer la BD nippone.

Un groupe que le grand public connaît principalement par Riyoko Ikeda, derrière le succès de La Rose de Versailles (alias Lady Oscar), ou encore Moto Hagio, qui a su construire le genre Boys Love et introduire le sujet de l’homosexualité dans les mangas dans les année 1970.

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© Keiko Takemiya

Parallèlement, Keiko Takemiya est venue casser de nombreux codes, comme en témoigne pour CNEWS Christophe Geldron, directeur de naBan Editions. «Les année 1970 ont fait bouillonner les cerveaux pour s’affranchir de certains carcants au Japon, explique-t-il. Avant cette époque, les mangas suivaient un modèle porté vers le lectorat masculin et des histoires assez positives et jeunes. Les héros étaient des archétypes et la plupart des récits tournaient beaucoup autour du sport ou la figure du samouraï. Pour les filles, les histoires restaient classiques. Or ces autrices ont apporté de la personnalité à leurs protagonistes, ce qui influence leur manière de faire face à certains types d’événements. Keiko Takemiya a voulu se coller au style graphique existant et majoritaire. Elle est allée vers le commercial tout en mettant sa patte littéraire. Cette combinaison fait qu’elle a su révolutionner le manga. Ce qui a eu une influence sur le shônen».

Elle a su révolutionner le mangaChristophe Geldron

Ce constat transpire au détoure de chaque page, dont la construction et la sensibilité demeurent encore très moderne. «Quand Riyoko Ikeda propose des femmes fortes et dominatrices, avec un design assez masculin, tandis que Moto Hagio a un dessin plus brut et traditionnel sans une volonté de mise en page particulière, on constate que Keiko Takemiya pense au côté attrayant et avec des illustrations très stylées. Il y a peu de plans contemplatifs, mais beaucoup de texte avec 14 ou 15 bulles par page. C’est beaucoup dans un manga. Les pages ont donc été travaillées pour exprimer quelque chose. Quand on lit cette œuvre ça déborde de tendresse, là où Moto Hagio et Riyoko Ikeda sont plus revendicatives», analyse Christophe Geldron.

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© Keiko Takemiya

Publié à l’origine dans un magazine pour garçons au Japon, Destination Terra s’inscrit également dans les standards de la SF des années 1970. «Le film Soleil Vert (1973) parlait déjà du dépérissement du genre humain. Takemiya s’inscrit dans cette logique du délabrement de notre planète, mais elle est allée plus loin en ajoutant le fait de rentrer sur Terre une fois le problème réglé depuis l’espace. L’idée étant de revenir un jour. Quand on lit le manga, elle a vraiment eu une idée autour de cette construction sociale où des IA font passer un test de maturité. Elle parle du fait de rester un enfant malgré tout, de ne pas perdre ce que l’on était enfant. Ici, les irresponsables sont quand même les adultes qu’on oblige à oublier ce qu’ils sont, tandis que des ordinateurs vont contrôler leur vie», commente Christophe Geldron. 

On peut s’étonner aujourd’hui que ses œuvres n’aient pas été proposées plutôt en France. Honorée à plusieurs reprises dans son pays, elle a toutefois abandonné son rôle de mangaka active et influente, préférant s’occuper du département manga dans la prestigieuse université de Kyôtô. Et si certains lecteurs et lectrices français réclament l’adaptation de La Chanson du Vent dans les Arbres, son autre œuvre phare, sa concrétisation reste encore hypothétique.

Un avant et un après Keiko Takemiya

Poétique de par son approche où la sensiblité du trait de Keiko Takemiya donne vie à une histoire vibrante sur les différences, la tolérance, les risques technologiques et environnementaux, Destination Terra propose une fable d’une grande maturité. Celle-ci a d’ailleurs été adaptée avec la série animée Toward The Terra (2007) en 24 épisodes.

Initialement prévu pour un public masculin, ce manga se révèle universel et a su bouleverser en son temps la manière de narrer une histoire, en développant la dimension psychologique de chaque personnage. Il y a donc eu un avant et un après Keiko Takemiya, et nul ne saurait prétendre apprécier les mangas d’aujourd’hui sans lui faire honneur.

Destination Terra, de Keiko Takemiya, naBan Editions, tome 1/3 disponible le 16 juillet, 12 euros.



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