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La semaine de Philippe Labro : la terreur au tribunal, le silence en tribunes


Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour CNEWS, il commente ce qu’il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

MERCREDI 2 SEPTEMBRE

Jour historique, celui de l’ouverture, à Paris, du procès des attentats jihadistes de janvier 2015. Trois jours d’enfer. Dix-sept morts au total. Il est bon, utile, nécessaire, juste, indispensable, que ce procès ait lieu, même si, dans le box des accusés, on ne verra et on n’entendra que de minables comparses. Il n’empêche : ce sont des comparses responsables, ils ont contribué à la logistique de cette horreur. Ce procès incite à relire le magistral Lambeau de Philippe Lançon (éd. Gallimard), rescapé de la tuerie de Charlie Hebdo. Il pousse également à retenir ce que disait, il y a deux jours, dans un entretien accordé au Figaro, Zineb El Rhazoui, l’ancienne journaliste du journal satirique : «J’espère que ce procès sera aussi un moment de prise de conscience.» Et de citer certains élus, «certains députés» qui ont fait, depuis 2015, «la courte échelle aux pires formes du sectarisme islamiste, pour avoir quelques votes supplémentaires». C’est cela, entre autres choses, qui va se mêler aux longues semaines qui s’annoncent : aussi bien la politique et l’idéologie que l’émotion et le chagrin, avec le souvenir de l’horreur, les disparitions de ces êtres aimés ineffaçables, la mémoire de tout un pays qui survivra à cette terrible année 2015 (car, après janvier, viendra novembre, et le Bataclan) et qui connaîtra une véritable unité – mais aura-t-elle vraiment duré, cette unanimité ?

Puisque ce procès domine amplement l’actualité, permettez, dès lors, au chroniqueur de poursuivre avec une série de notes volontairement disparates.

Etats-Unis. Où va l’Amérique ? Que se passe-t-il ? Assiste-t-on à un schisme irréparable entre les Blancs, armés, militants d’extrême droite, du Michigan, du Wisconsin, ou d’ailleurs, soutenus de façon presque indécente par Donald Trump, et d’autres Blancs démocrates, accompagnés de toute une communauté noire, qui, sans en avoir assez pris conscience, tombent dans le piège tendu par Trump ? Car, à la violence de leur protestation, et aux violences que cela a pu déclencher, Trump assène sa vérité : il faut un ordre et une loi. Une réélection possible est-elle en train, alors, de surgir ?

Sport. Ainsi donc, on a majoritairement joué dans le silence. C’était particulièrement frappant en football. Tant que le grand public ne peut pas assister à son sport favori, le silence domine – même si, de manière un peu dérisoire, on a envoyé des bandes sonores de cris de supporters tout le long d’une étrange compétition (la Ligue des champions, à Lisbonne). Il est néanmoins intéressant de noter que, une fois sur le terrain, avec ou sans public, les joueurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes, ont oublié le bruit de la foule pour ne se consacrer qu’à celui du ballon frappé par leurs coéquipiers. La compétition demeure et, au-delà, il y a la volonté de maîtriser son corps, la prise de conscience d’avoir accompli son rêve, d’être sorti de ses modestes origines, de son enfance difficile ou de ses handicaps sociaux. Il n’empêche : c’est triste, un stade vide. Ce n’est pas toujours merveilleux, le silence.

Livres. Pascal Desprez a rassemblé, dans un livre-album de 268 pages, les poèmes, photos, journaux intimes, de sa femme disparue, Mireille Darc. L’ouvrage s’appelle A la vie, à l’amour (éd. Seuil). Documents et manuscrits (elle avait une belle écriture, claire, libre) permettent de découvrir ce qu’une grande partie de son public ignorait : Mireille n’était pas seulement une actrice de talent, elle avait un don pour la poésie, une imagination sans limite, un goût prononcé pour la spiritualité. Elle se consacrait à tout avec passion : les autres, la photo, les enfants du Cambodge, les prisonnières, les animaux… Ce livre est aussi riche que l’a été la vie de Mireille. Il contient cette citation de Léonard de Vinci : «Qui est guidé par une étoile, ne regarde jamais en arrière.»



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