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Jean-Pascal Zadi, réalisateur du film « Tout simplement noir » : «Le racisme vient d’un manque d’éducation»


Son premier long-métrage «Tout simplement noir», coréalisé avec John Waxxx, sortira le 8 juillet au cinéma. Alors que les appels à manifester contre le racisme ont été nombreux ces dernières semaines, Jean-Pascal Zadi, artiste autodidacte, revient sur les clichés dont il a été la cible, s’interroge sur le communautarisme et évoque son amour pour le rap.

Ancien membre du groupe La Cellule, l’homme de 39 ans qui a grandi à Ifs, dans la banlieue caennaise, est à la fois devant et derrière la caméra. Dans «Tout simplement noir», Jean-Pascal Zadi incarne JP, un acteur râté qui a pour ambition d’organiser la première marche de contestation noire en France. Et il n’hésite pas à aller frapper à la porte de nombreuses personnalités issues du monde du cinéma, de la télévision, du spectacle et du sport pour les rallier à sa cause. Des punchlines efficaces pour une comédie au casting exceptionnel – d’Omar Sy à Fary en passant par Hanouna – qui dénonce avec humour le racisme ordinaire.

A quand remonte ce projet ?

J’ai commencé à écrire le scénario en 2015 et je me suis interrogé sur ce qu’était le communautarisme ou l’identité noire française. Les témoignages en France sont peu nombreux, alors que l’on sait beaucoup de choses concernant l’histoire et le quotidien des Afro-Américains aux Etats-Unis. En réalité, je voulais répondre à la question : «C’est quoi être Français ?»

Dire «Je suis noir» a-t-il alors du sens, selon vous ?

Cela ne veut rien dire. Et le film tente de le démontrer pendant une heure et demie. On naît femme, mais il existe dix milliards de façons de l’être. Je suis noir comme les humoristes Fary ou Fabrice Eboué, et pourtant, je n’ai pas forcément de points communs avec eux. Il faut arrêter de se percevoir en fonction de sa couleur de peau, de son genre, de son orientation sexuelle ou de sa religion. Nous sommes des êtres humains, tout simplement.

Craignez-vous que certains vous taxent de communautarisme ?

«Tout simplement noir» est tout sauf un film communautaire. Il prouve justement que la réalité est bien plus complexe. Quand Guillaume Canet sort «Les petits mouchoirs», on ne lui dit pas qu’il a réalisé un long-métrage communautaire, alors que le casting est exclusivement composé d’acteurs blancs.

Sur les affiches du film, vous prenez la pose en vous glissant dans la peau du président de la République, de Louis XIV, voire même de Marianne avec un bonnet phrygien. Pourquoi ?

C’était très important pour moi de m’approprier les codes de mon pays. L’histoire de la France est aussi liée à celle des Noirs. Je voulais aussi faire un pied de nez à Nicolas Sarkozy qui, alors président de la République, avait prononcé en 2007 lors d’un discours à Dakar : «L’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire». Cette phrase est terrible et prouve que même les chefs d’Etat ont des lacunes. Certains événements historiques ne sont pas enseignés.

 

 

 

Une publication partagée par Jean-Pascal Zadi (@jipac_shakur) le

 

 

 

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Avez-vous été victime de racisme ?

Vous plaisantez ? Je suis un homme noir dans une société occidentale, j’ai donc évidemment été victime de racisme. Mais j’essaie d’oublier les insultes et les comportements négatifs. Je passe vite à autre chose. Je dédramatise et reste optimiste. Je pense que le racisme vient d’un manque d’éducation. Il ne faut pas en vouloir à la personne que l’on a en face de nous. L’ignorance contribue au racisme. Quand j’étais ado, c’était inimaginable de sortir sans ma carte d’identité, contrairement à mes amis blancs qui partaient de chez eux sans forcément l’avoir dans leur sac. Un jour, j’ai même fait un aller-retour en bus pour aller la chercher chez moi car je l’avais oubliée, et je savais que je pouvais me faire contrôler par la police et me retrouver au poste. De 18 à 30 ans, je n’ai pas pu rentrer dans une boîte de nuit. Je n’étais accepté que dans des soirées afro. Cela fait partie de ma vie. Il n’y a aucune frustration. Idem au cinéma, j’ai souvent été appelé pour des rôles de dealer ou de vigile. Mais j’y allais en connaissance de cause.

Le cinéma français doit-il se remettre en question ?

Le cinéma français est comme ça. On est tributaire du désir de l’autre. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il suffit de mettre deux Noirs dans «Julie Lescaut» pour que la société aille mieux. J’aimerais surtout qu’il y ait plus de films réalisés par des Noirs, des Arabes, des femmes, des homos, des personnes handicapées. Que des Noirs soient davantage représentés dans la production ou à la commission du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée, ndlr). Mais jouer dans «Joséphine, ange gardien», je m’en tape.   

« Tout simplement noir » n’est pas un film communautaire.

Le film réunit un casting cinq étoiles avec notamment Fary, JoeyStarr, Eric Judor, Jonathan Cohen, Claudia Tagbo, Melha Bedia, Lucien Jean-Baptiste ou Soprano qui jouent leurs propres rôles avec beaucoup d’autodérision. Comme JP, le héros du film que vous incarnez, avez-vous galéré pour les convaincre ?

Ils ont tous accepté très facilement. En deux semaines, c’était réglé. Je pense que l’intention du film leur a plu. Mais je dois avouer que tout est parti d’un gros mytho. Quand je suis allé voir Gaumont (distributeur du film, ndlr) avec le coréalisateur John Waxxx, nous avons raconté que tout le monde était d’accord. Ce qui était complètement faux puisque nous n’avions contacté personne !

Vous avez participé aux récentes manifestations qui dénonçaient le racisme et les violences policières, notamment celle organisée par la famille d’Adama Traoré le 13 juin, place de la République, à Paris…

C’était important d’être là pour soutenir toutes les victimes du racisme en France et dans le monde entier. Mais je souhaiterais que ces combats soient défendus par l’ensemble de la société. On a l’impression que c’est encore une lutte marginale. En France, on ne voit principalement que des Noirs et quelques artistes participer à ces manifestations, alors qu’aux Etats-Unis, la mobilisation a été plus grande après la mort de George Floyd. L’acteur Ashton Kutcher, qui est blanc, a par exemple fait part de sa tristesse et de son incompréhension face à un tel drame. J’aimerais bien voir Jean-Pierre Pernaut défiler avec nous. Les Blancs ne sont pas à l’abri. Un jour, leur fille voudra peut-être se marier avec un Noir, et leurs petits-enfants pourraient être victimes de propos racistes.

Selon vous, les mentalités sont-elles tout de même en train d’évoluer ?

Il y a eu une évolution grâce à des personnalités comme Christiane Taubira, Omar Sy ou Harry Roselmack qui ont réussi. Mes enfants grandissent dans une France qui est différente de la mienne où les Noirs peuvent rêver d’une carrière en dehors du foot et du rap.

Diriez-vous que le rap vous a conduit au cinéma ?

Le rap a été une source de lumière incroyable, une vraie bénédiction. Cela m’a montré que je n’étais pas nul et m’a presque sauvé la vie. J’ai appris à presser des CD, à fabriquer des tee-shirts, à aller en studio pour enregistrer des morceaux. S’il n’y avait pas eu le rap, je n’aurais jamais su ce qu’était le métier de réalisateur ou l’existence de clips vidéo. A l’école, on me proposait de passer un CAP mécanique ou vente. En faisant du rap, j’étais capable de m’épanouir autrement. Je me suis mis en danger, et j’ai suivi mes envies jusqu’au cinéma.

Quel a été le premier film que vous ayiez vu sur grand écran ?

Je viens d’une famille pauvre. La culture ciné, c’était le film du dimanche soir sur TF1. Cela ne faisait pas partie de ma vie, je m’en foutais. Je regardais des films en VHS avec Louis de Funès, Jean-Paul Belmondo, Bruce Willis ou Eddie Murphy. Le foot, le rap et les copains du quartier, voilà ce qui m’intéressait quand j’étais jeune. Je suis allé pour la première fois au cinéma vers l’âge de 16 ou 17 ans pour voir avec des copains le film «Gladiator» de Ridley Scott, à l’occasion de la Fête du cinéma. Et j’en garde un super souvenir.

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