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Jean-Marc Dumontet : « Je peux enfin faire mon métier », à propos de la reprise de l’activité théâtrale

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Les salles de spectacle rouvrent ou s’apprêtent à rouvrir dans un contexte inédit. Alors que de nombreuses mesures ont été prises ces dernières jours pour le secteur de l’art vivant – abandon d’une jauge limitée dans les zones vertes mais maintien en zone rouge, port du masque obligatoire en continu, plan de relance de 426 millions pour le secteur – Jean Marc Dumontet, producteur et directeur de cinq théâtres à Paris, revient sur ces mesures et cette reprise tant attendue de l’activité.

Une rentrée qu’il aborde avec enthousiasme mais lucidité, et par-dessus tout l’envie de « faire son métier » et de faire revenir le public dans les salles.  

Comment abordez-vous cette rentrée théâtrale inédite ? 

Avec enthousiasme, appétit et envie. Quand vous êtes à l’arrêt depuis six mois, redémarrer est quelque chose d’extraordinaire. Nous avons été très éprouvés et très frustrés, donc j’attends ce moment-là avec presque de l’euphorie. Je sais que le chemin sera dur, mais ça y est, ça redémarre. Nous allons construire et rebâtir millimètre par millimètre tout ce qui a été dévasté. Nous sommes enfin dans une logique où nous pouvons nous battre. Et nous ne nous battons pas contre un virus, contre lequel nous ne pouvons rien, mais nous nous battons pour imaginer des beaux spectacles, faire venir des spectateurs, qui sont des choses que l’on sait faire et que l’on a l’habitude de faire. C’est une dynamique qui se met en place. 

Comment avez-vous accueilli les mesures annoncées par Roselyne Bachelot et Jean Castex ?

Au-delà des mesures, je retiens les mots très forts de Jean Castex : « Il n’y a aucun risque sanitaire à aller dans une salle de spectacle » et il a encouragé les Français à le faire. C’est pour moi, ce qu’il y a de plus important. Parce qu’aujourd’hui, le meilleur plan de relance, c’est quand les spectateurs reviendront dans nos salles. C’est eux qui ont la clef et c’est à nous de bâtir les plus beaux projets pour susciter l’envie. Nous avons la clef mais les Français aussi. Au final, tout ce que l’on fait, c’est de proposer, et si ce n’est pas suivi par les déplacements des spectateurs, ça ne sert à rien.

Port du masque obligatoire, absence de distanciation sociale dans les salles en zone verte, mais maintien dans les zones rouges notamment à Paris, de nouvelles perspectives se sont ouvertes…

Dès qu’on ouvre des perspectives, je suis satisfait. Je me suis satisfait par exemple quand le Puy du fou avait obtenu une dérogation, parce que chaque spectacle qui se remet à jouer créer une dynamique pour notre métier. J’aurais aimé évidemment faire partie de ceux qui peuvent ouvrir à 100 %, mais à la fois je suis aussi un citoyen. Je peux pointer des incohérences, en disant les trains, les avions fonctionnent à 100 %, mais je comprends que, quand il y a une propagation du virus, il faut la contrôler et que donc on est obligé de mettre des restrictions. Je regrette que ce soit sur mon secteur, mais je comprends aussi que les transports irriguent toute l’économie et que nous, au contraire nous sommes en bout de chaîne, même si nous générons beaucoup d’emplois, beaucoup d’activité. 

Ce qui m’intéresse c’est que l’on ouvre, et que l’on soit nombreux à proposer des spectacles

Je vois déjà qu’il y a des améliorations. Il y a beaucoup d’endroits où ça peut jouer à 100 %, c’est formidable. Nous à Paris, on peut jouer entre 70 et 75 % de la jauge. Ce n’est pas très satisfaisant, mais ce n’est pas nul non plus. Mon credo est de reconquérir la confiance des spectateurs.  Si c’est un élément rassurant pour le public de venir avec cette distance et ses masques et bien je temporise. Ce qui m’intéresse c’est que l’on ouvre, et que l’on soit très nombreux à proposer des spectacles. 

Il y a trois-quatre mois, je ne voyais pas un public assister à un spectacle avec un masque. Et puis on a ouvert au Point-virgule et les gens ont porté des masques. Ça ne les a pas empêché d’apprécier le spectacle et les comédiens, ça ne les a pas empêché de voir des yeux heureux, rieurs, de voir des émotions. Les gens reviennent donc cela veut dire que ce n’est pas insurmontable. 

426 millions vont être alloués au spectacle vivant privé et public dans le cadre du plan de relance. Est-ce à la hauteur des enjeux ? 

C’est un effort colossal. Il est annoncé 2 milliards pour la culture sur les 100 milliards du plan de relance, sachant que dans le budget de l’Etat la culture c’est 1 %. Il il y a déjà eu des mesures très fortes. Comme toutes les entreprises en France, on a été très soutenu avec le chômage partiel, avec les prêts garantis par l’état, les reports de charges, il y a eu les mesures sur l’intermittence, c’est un accompagnement extraordinaire. Le premier ministre, par sa déclaration d’aller au spectacle sans peur, et ce plan de relance ont constitué de très bonnes nouvelles pour le secteur culturel. Je trouve que l’envergure de ces sommes est très encourageante. On doit maintenant, nous aussi, jouer notre rôle et nous aussi nous y remettre. On va être accompagné mais si nous n’ouvrons pas nos théâtres, si nous n’avons pas de beaux spectacles, si nous ne nous battons pas pour reconquérir le public, ça ne marchera pas. Il y a un accompagnement mais c’est à nous de faire le chemin. La baguette magique n’existe pas. 

Deux de vos salles – Le Point Virgule et le Grand Point Virgule – ont ouvert cet été. Quel constat faites-vous? Le public était-il au rendez-vous ? 

Le constat c’est : qu’est-ce qu’on a eu raison d’ouvrir! On a joué au Point Virgule. Chaque samedi, nous avons par exemple présenté quatre spectacles devant à chaque fois 70 personnes sur une jauge de 100. Donc nous avons vraiment eu raison de redémarrer. D’un point de vue psychologique, c’était déterminant pour les équipes. Et puis je me félicite de nos résultats parce que je préfère, au bout d’un moment, perdre de l’argent en jouant, que perdre de l’argent sans jouer. On a perdu de l’argent mais au moins on a créé une dynamique. 

Quelles pertes avez-vous enregistrées depuis la fermeture ?

C’est colossal. Entre ma société de production et mes théâtres, c’est en millions d’euros. C’est aussi beaucoup de projets abandonnés. Je devais avoir «Les Fourberies de Scapin» de la Comédie Française au Théâtre Libre, et j’ai abandonné. Toute la communication, les travaux effectués pour accueillir ce spectacle, car il exigeait que l’on effectue des travaux sur scène, tout ça c’est à la poubelle. Mais une fois qu’on l’a dit, ça ne sert pas à grand chose, il faut se battre. 

Êtes-vous inquiet pour les mois à venir ?

Je ne suis pas inquiet, je sais que ce sera difficile. Je peux enfin faire mon métier et me battre pour reconquérir le public. Je suis lucide. Oui ça va être dur, mais j’ai plutôt envie aujourd’hui de me donner tous les moyens pour réussir. 

Que disent les réservations ? Le public sera-t-il au rendez-vous à la rentrée ?

Je vois que les réservations sont orientées nettement à la hausse. Nous ne sommes pas encore sur le niveau des années précédentes, mais nous commençons à nous en rapprocher, alors que nous sommes tout début septembre. Il faut laisser passer la rentrée scolaire, qui a provoqué beaucoup de craintes, et avancer.  Il faut être prudent, ambitieux et très volontariste. 

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