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Coup d’Etat en Birmanie : les généraux veulent bloquer Facebook


Pour briser la communication des anti-putsch et empêcher les appels à résister de se propager, les généraux birmans responsables du coup d’Etat survenu lundi 1er février ont ordonné ce jeudi aux fournisseurs d’accès à internet de bloquer Facebook.

Quelques jours après avoir mis fin à la – fragile – transition démocratique du pays, menée par Aung San Suu Kyi, qui a depuis été isolée et inculpée pour un prétexte obscur de règle commerciale non respectée, les militaires serrent la vis pour éviter qu’un mouvement de rébellion ne se propage.

Car dans le même temps, 70 députés du LND (Ligue nationale pour la démocratie), parti de la dirigeante birmane, ont signé un «engagement à servir le public» et organisé une session parlementaire symbolique pour dénoncer la prise de contrôle du parlement.

Dans les rues, des signes de résistance contre le putsch, condamné vivement par l’ONU et de nombreuses capitales occidentales, se multiplient, comme un rassemblement à Mandalay (quatre interpellations, selon les médias locaux), ou un concert de klaxons et des bruits de casserole à Rangoun, où l’on entendait le slogan «Vive Mère Suu!» (pour Aung San Suu Kyi, ndlr).

«Nous avons le pouvoir numérique pour nous opposer à la junte»

Ailleurs, des avocats arborent un ruban rouge, aux couleurs de la LND, et faisaient le salut à trois doigts, un geste de résistance adopté par les pro-démocrates à Hong Kong ou en Thaïlande. Des professionnels de santé ont aussi pris part à la contestation.

Sur Facebook, utilisé par une grande partie de la population birmane, des groupes appelant à la «désobéissance civile» se sont créés. «Nous avons le pouvoir numérique (…) pour nous opposer à la junte», a estimé un activiste, Thinzar Shunlei Yi.

Les militaires ont donc réagi en émettant un avertissement contre toute publication ou discours qui encourageraient des émeutes ou une situation instable. La société norvégienne Telnor, un des principaux fournisseurs de télécommunications du pays, a confirmé à l’AFP que les autorités avaient émis un ordre pour «bloquer temporairement» la plateforme. Mais «nous ne pensons pas que cette mesure soit conforme au droit international».

De son côté, Facebook a fait savoir que ses services étaient «perturbés», exhortant les autorités à «rétablir la connexion».

L’ONU veut mobiliser pour faire échouer le coup d’Etat

L’ONU, via son secrétaire général, Antonio Guterres, a assuré qu’il ferait tout «pour mobiliser tous les acteurs-clés et la communauté internationale afin de mettre assez de pression sur la Birmanie pour s’assurer que (le) coup d’Etat échoue».

Pour qu’un texte soit adopté par la Conseil de sécurité (où des négociations sont toujours en cours), il doit obtenir le soutien de Pékin, qui exerce un droit de veto en tant que membre permanent. Or, la Chine reste le principal soutien de la Birmanie aux Nations unies, où elle a contrecarré toute initiative lors de la crise des Rohingyas.

De leur côté, les Etats-Unis et l’Union européenne font planer de nouvelles sanctions sur le pays.

Le chef de l’armée, paria à l’international

Le chef de l’armée birmane, Min Aung Hlaing, qui concentre désormais l’essentiel des pouvoirs, a justifié son putsch en évoquant des fraudes massives lors des législatives de novembre remportées massivement par la LND. Des observateurs expliquent plutôt qu’en réalité, les généraux craignaient que, malgré une constitution qui leur est très favorable, leur influence diminue après la victoire d’Aung San Suu Kyi.

Min Aung Hlaing, un paria à l’international depuis les exactions de l’armée contre les Rohingyas, a aussi renversé la dirigeante par ambition politique personnelle alors qu’il était proche de la retraite, d’après les analystes.

Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, a été inculpée pour avoir enfreint une loi birmane sur les importations et les exportations, a expliqué la LND, après que les autorités ont trouvé chez elle des talkies-walkies non enregistrés. Une accusation tout aussi obscure a été mise en avant pour l’ex-président Win Myint, poursuivi pour avoir violé une loi sur la gestion des catastrophes du pays en ne respectant pas des mesures anti-coronavirus.

Suu Kyi, âgée de 75 ans et fille d’un héros de l’indépendance assassiné, est adulée dans son pays depuis qu’elle a pris la tête de l’opposition démocratique face à la junte en 1988, passant 15 années en résidence surveillée. Son image s’était en revanche beaucoup écornée à l’international, de nombreuses voix condamnant sa passivité dans la crise des Rohingyas.

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