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Avec son roman «Femmes en colère», Mathieu Menegaux nous plonge dans un procès post-MeToo


A quoi peut ressembler un procès depuis le mouvement de libération de la parole ? Cette question est au cœur de «Femmes en colère», paru en mars chez Grasset. Mathieu Menegaux nous guide dans les dédales d’un tribunal et des procédures judiciaires pour une affaire d’anthologie. Un roman addictif.

Voilà un auteur qui sait aiguiser notre curiosité dès les premières pages : « Dire que pendant tout ce temps j’ai cru que mon procès serait enfin l’occasion d’être comprise. D’être écoutée plutôt qu’entendue. Quelle désillusion ! » Depuis la prison des femmes de Rennes, Mathilde Collignon couche ses sentiments sur le papier, à la veille du verdict. Après 3 ans de détention, raconter son histoire devient vital. Quel crime a donc commis cette mère aimante de deux filles, médecin respectée, pour risquer 20 ans derrière les barreaux, dont 12 ans de peine de sûreté ?

Le lecteur remonte le fil de son calvaire petit-à-petit, les détails étant livrés avec parcimonie. On apprend que cette femme a subi un viol et qu’elle a elle-même puni ses agresseurs. De cela, elle ne regrette absolument rien. Le statut de victime se transforme alors en celui de « barbare ». Mais aux yeux de qui ? Le roman, d’une grande maîtrise, alterne le récit de l’accusée avec les scènes de procès et de délibérations, dans lesquelles le jury devra décider si elle est coupable ou non d’actes de torture et de barbarie. 

UNE SOCIÉTÉ FRACTURÉE

«Serez-vous des justiciers ? Ou serez-vous justes ?» lance l’avocat de l’accusée dans sa plaidoirie, comme un ultime appel à l’humanité des jurés. Cette victime de viol, aujourd’hui face à la cour, n’a-t-elle pas déjà assez souffert ? « Mathilde Collignon est plus qu’une accusée, elle est devenue le révélateur de l’état de la société post #MeToo ». Une société dans laquelle une partie de l’opinion n’accepte plus que le consentement soit bafoué et que les violeurs s’en sortent. C’est justement parce qu’elle a douté de l’efficacité des tribunaux que cette mère de famille a préféré la vengeance.

Mathieu Menegaux décrit un procès hors norme au sujet duquel chaque journaliste, chaque internaute, chaque citoyen a un avis tranché. Partout en France et à l’étranger, les manifestations se multiplient, pour la soutenir ou réclamer sa condamnation. Dans la très confidentielle salle des délibérés, le « symbole » Mathilde Collignon va jusqu’à provoquer des débats houleux entre les jurés qui, au-delà de son cas, s’opposent autour de l’égalité et la place de la femme, éternellement fragile. 

LES LIMITES DE METOO

Si le lecteur, à travers le rôle du jury, est également amené à prendre position, quitte à affiner son jugement à force d’arguments, il devine les contours d’une société qui ne serait plus régie par des règles mais par les émotions. Le personnage du Président de la cour d’assises incarne ainsi le cadre légal, dernier rempart avant que l’Etat de droit ne glisse vers une dictature des réseaux sociaux, avec la part d’irrationnel qu’ils charrient.

Certes « Femmes en colère » porte la voix de toutes les femmes qui se battent pour que la peur change de camp, mais il questionne aussi la vague MeToo et ses limites. Dans la foulée de « l’affaire Mathilde Collignon », un nouveau mouvement est en effet né, #toomuch, « des hommes réclamant qu’on en finisse avec l’amalgame masculin/violeur ». Quant à la vengeance de l’accusée, ne renvoie-t-elle pas à BalanceTonPorc, ou l’acte de se rendre justice soi-même, sur les réseaux sociaux ? 

Mathieu Menegaux nous brosse le portrait d’une femme persuadée qu’après la chute d’Harvey Weinstein, on ne pourrait punir une victime de viol. Au terme de ce roman haletant, le lecteur connaîtra le verdict mais constatera que les paroles des jurés, dans cette fameuse salle des délibérés, continueront de résonner bien au-delà.

Femmes en colère, de Mathieu Menegaux, éditions Grasset, 198 p. 18€.

 



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