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Après le confinement, le succès du cyclisme virtuel ne s’essouffle pas


En sueur et essoufflé, Kevin, 30 ans, descend tout juste de son vélo. Il vient de parcourir 32 km en un peu plus d’une heure… sans sortir de son appartement. Comme de nombreux Français, il a récemment fait l’acquisition d’un home trainer, ce dispositif qui permet aux cyclistes de s’adonner à leur sport favori en intérieur. Une discipline qui a explosé pendant le confinement.

Cela n’a rien à voir avec les vieux vélos d’appartement que tout le monde a un jour ou l’autre croisé chez une tante ou une grand mère. Quand Kevin s’entraîne dans son salon, c’est sur le même vélo qu’il utilise pour ses sorties à l’extérieur. Posé sur un tapis de protection, le deux-roues est installé sur un home trainer qui communique lui-même avec un ordinateur, positionné dans le champ de vision du cycliste.

Le e-cycling ou cyclisme virtuel repose sur cette double connexion. Sur l’écran, le logo orange de l’application Zwift, conçue pour la discipline, apparaît. Un avatar de Kevin réagit aux coups de pédale du cycliste en chair et en os. Le personnage avance dans un paysage virtuel quand le jeune homme, toujours dans son salon, pédale. Comme dans un jeu vidéo, la transpiration en plus.

Car le home trainer s’adapte au tracé du parcours choisi en ligne. Si l’avatar rencontre une côte, la machine augmente la résistance du pédalage et Kevin ressent le dénivelé. «Pour moi, le ventilateur est obligatoire. A l’intérieur, on n’a pas la ventilation naturelle du vélo, comme quand on roule à l’air libre, alors que l’effort est semblable. Il y a le côté ludique, certes, mais c’est aussi du sport. Il est vraiment possible de se dépasser physiquement et mentalement», estime le cycliste.

Puisqu’il ne repose pas exclusivement sur le jeu vidéo, l’e-cycling ne peut pas simplement être rangé dans la catégorie des e-sports. Il représente un mélange inédit entre le virtuel et l’effort réel. C’est précisément ce qui a séduit les membres de The Punchers Club, qui se présente comme «la première équipe française d’e-cyclisme».

Rod Reynolds, l’un des fondateurs, explique que les home trainers existent en réalité depuis «la fin des années 1990». A l’époque, «ils n’étaient pas connectés». Ils étaient utilisés pour l’entraînement mais «c’était difficile de se motiver, se souvient-il. On était tout seul dans son coin, rien ne bougeait autour, le mouvement n’était pas fluide… Aujourd’hui c’est beaucoup moins monotone».

Sur Zwift, les coureurs peuvent personnaliser leur avatar… jusqu’aux chaussettes. «Je garde ce maillot parce que je l’aime bien, je l’ai gagné en grimpant le Mont Ventoux et c’était super dur», indique Kevin en montrant son écran. Lorsqu’il pédale, le jeune homme engrange des «gouttes», une sorte de monnaie virtuelle qui lui permet de débloquer divers équipements. Grâce à l’application, il peut également suivre sa progression avec précision, en mesurant sa cadence, la puissance de son pédalage ou encore son rythme cardiaque.

Rupture de stock pendant le confinement

Le trentenaire n’avait jamais utilisé de home trainer avant le confinement. Inquiet à l’idée de ne pas pouvoir pratiquer son sport préféré pendant un long moment, il en a acheté un quand il a «senti que le vent tournait». D’autres lui ont emboité le pas puisqu’une semaine après, tous les revendeurs étaient en rupture de stock. «Certains de mes amis sont restés un mois sans en trouver nulle part», assure Kevin.

L’engouement autour du e-cyclisme durera-t-il longtemps après cette période d’enfermement forcé ? The Punchers club en est convaincu. Composée de 7 coureurs, professionnels, anciens professionnels ou amateurs, l’équipe organise des courses virtuelles sur Zwift en conviant parfois des figures du cyclisme comme Mathilde Gros, Rémi Cavagna ou Nicolas Malle. A l’avenir, leur objectif est de créer un club de cyclisme qui mêlera pratique réelle et virtuelle. «Le confinement a très certainement apporté de la visibilité au e-cycling, analyse Carine Arasa, co-fondatrice. Ça permet à la discipline de se structurer plus rapidement, il y a des ligues qui se créent, des équipementiers qui nous suivent… Le but est vraiment de fédérer une communauté».

L’organisateur historique du Tour de France, Amaury Sport Organisation (ASO), a lui-même créé une version virtuelle de la Grande Boucle. Elle a eu lieu sur Zwift, durant les trois premiers week-ends de juillet, et a rassemblé les plus grands, tels que Christopher Froome, Julian Alaphilippe ou Egan Bernal chez les hommes, Chloé Dygert, Anna van der Breggen ou Marianne Vos du côté des femmes.

L’Union cycliste internationale (UCI) s’inscrit elle aussi dans le mouvement, avec l’organisation, les 8 et 9 décembre 2020, de ses premiers Championnats du monde de cyclisme e-sport. «Il était naturel que nous nous ouvrions à de nouvelles activités populaires et à de nouvelles audiences, commente Louis Chenaille, chargé des relations médias à l’UCI. L’ouverture au cyclisme e-sport est un appel de la modernité auquel nous avons voulu répondre présent.»

Cet enthousiasme général pourrait presque faire peur aux puristes, scandalisés à l’idée de voir le cyclisme traditionnel éclipsé par sa version virtuelle. Qu’ils se rassurent : a priori aucun risque. Même pour les aficionados du e-cycling comme Rod Reynolds, rien ne vaut le vent dans les cheveux et les paysages à perte de vue : «le plaisir n’est pas le même», reconnaît-il. Pour le co-fondateur de The Punchers club, cyclismes traditionnel et virtuel peuvent tout à fait coexister. A terme, il aimerait que l’e-cycling soit considéré comme l’une des sous-disciplines du vélo, à l’image du BMX ou du cyclo-cross.

La force du cyclisme virtuel est de permettre aux sportifs de pratiquer quelle que soit la météo. Même s’il a en premier lieu acheté son home trainer en réaction au confinement, Kevin sait qu’il continuera à s’en servir, notamment cet hiver. «C’est un sport pour lequel il n’est pas rare de sortir deux, voire trois heures, développe-t-il. Ce n’est plus vraiment possible lorsque les températures sont négatives ou qu’il gèle. Dans ce cas-là, le home trainer est le seul moyen pour ne pas arrêter de rouler».

Geraint Thomas (à gauche) et Christopher Froome, en 2018, sur le podium du Tour de France.

Sans compter qu’il y a «peu de chance de se faire mal ou de se retrouver coincé au fin fond de la campagne parce qu’on a eu un incident mécanique», enchérit Rod Reynolds. Selon le cofondateur de The Punchers Club, les contraintes de temps sont également réduites, ce qui peut ouvrir le cyclisme à un autre public. «Après une journée de travail, on se connecte et en cinq dix minutes on est prêt à rouler. A la fin de la séance on est déjà chez soi, pas besoin de se déplacer à la salle de sport», argumente-t-il.

Une discipline qui prône l’accessibilité à tous donc, à condition de pouvoir se l’offrir. Difficile de trouver un home trainer connecté de qualité en dessous de 400 euros, quand les plus performants dépassent les 1.000 euros. A cela, il faut ajouter l’abonnement, souvent mensuel, à une plate-forme de cyclisme virtuel telle que Zwift. Un investissement que Kevin ne regrette pas : c’est le prix à payer pour affronter les mythiques pentes du Mont Ventoux, sans sortir de chez soi.

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