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5 livres courts et captivants pour le retour des voyages en train


Alors que les longs déplacements sont de retour et que les billets pour profiter de longs week-ends ou de vacances s’arrachent déjà, voici une sélection de 5 livres courts et passionnants à dévorer lors d’un aller-retour en train.

«De mon plein gré», de mathilde forget

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Un dimanche, 8h30 environ. Une femme de 30 ans, à l’allure d’un garçon de 17, pousse la porte du commissariat, de son plein gré, l’haleine encore chargée de rhum-coca. Les policiers l’interrogent méthodiquement. « Bon, on va tout reprendre depuis le début ». Problème, elle ne se souvient de rien. Certes, elle a passé la nuit avec un homme. Et très vite, c’est elle la coupable. De quoi ? Quel crime a-t-elle commis ? Ses amis s’éloignent, le malaise d’installe. 

D’une plume acérée, Mathilde Forget déroule avec habileté le fil de son intrigue au gré du flux de conscience de sa narratrice. Comme une balise, son observation au scalpel des enquêteurs semble la rattacher à une réalité qui lui échappe. Ainsi, ce Major qui tape sa déposition et n’est décidément pas un bon dactylo, à la manière qu’il a d’utiliser constamment la touche retour arrière. Prisonnière d’une hypervigilance depuis son agression sexuelle, « j’apprends à vivre avec une note sensible collée au cœur », confie-t-elle. « De mon plein gré », inspiré de l’histoire personnelle de l’auteure, trouve son point d’orgue dans la force de ses derniers mots. Quand le combat transcende la tristesse. L’enquête, elle, est en cours. Un récit subtil et percutant. 

« De mon plein gré », de Mathilde Forget, Ed. Grasset, 140 p., 15€

« LES SŒURS LIVANOS », DE STÉPHANIE DES HORTS 

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Elles ne cessent de courir. Après le luxe d’abord, leur mari ensuite. Pendant ce temps, la vie se joue sans elles. A la fin de la pièce, il est trop tard. Les sœurs Livanos, les héritières grecques les plus convoitées, ne sont pas des femmes mais des déesses, et les mortels sont à leurs pieds. Elles ont épousé les très riches armateurs, et non moins ambitieux, Aristote Onassis et Stavros Niarchos. Ennemis jurés qui se livrent une guerre ouverte et font jaillir les rivalités entre les deux sœurs. Vous voulez du diamant, du clinquant ? Ce quatuor infernal vous en offre ! Stéphanie des Horts conte ces soirées de la Café Society avec ce qu’il faut de détails grandioses pour nous éblouir, et de cynisme pour nous ramener à la réalité. Cruelle et terriblement affligeante.

On y croise Maria Callas, Winston Churchill ou Jackie Kennedy. Mais écoutez, vous entendez au loin cette petite musique ? La fatalité. Ne vous méprenez pas, nous sommes dans une tragédie. Le drame, comme une épée de Damoclès, s’abattra bientôt sur eux. Un livre haut en couleur, au style enlevé, dans lequel l’auteure décrit une époque faste où les bulles de champagne côtoyaient les dollars, et la solitude, une angoisse infinie. Elle nous emmène au-delà de la trajectoire de deux couples mythiques, dans une histoire universelle. 

« Les sœurs Livanos », de Stéphanie des Horts, Le Livre de poche, 264 p., 7,40 €

« ELLE, LA MÈRE », D’EMMANUEL CHAUSSADE 

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Ne cherchez pas le mot « maman ». Il n’apparaît qu’à la toute fin du récit. En attendant, il faudra se contenter de « la mère » et du « fils », « le fils ». Comme une mise à distance, par l’écriture. Il se trouve que la mère est morte et enterrée. Sans bruit. Sans personne autour non plus, si ce n’est le fils. Quoiqu’avec un visage serein. La douceur enfin, après une vie de labeurs, d’amertumes et de solitude. Parce qu’elle a grandi sans ses parents, cette « petite mère à protéger et à gâter » a cherché en vain la reconnaissance de son mari et de ses quatre enfants. Incapable d’aimer, pourtant, elle crève de ne l’être jamais assez. 

L’auteur interroge les relations filiales avec son lot d’antécédents et de secrets. La manière aussi, dont on se débat et s’affranchit au fil des générations. L’urgence de dire se fait quête de vérité pour accéder à la liberté. Les mots brûlent d’avoir été trop longtemps tus. Que reste-t-il à la fin si ce n’est un corps, jadis inébranlable, qui rejoint silencieusement la mort ? Alors que la mère, atteinte d’Alzheimer, décline dans un Ehpad sordide, le fils caresse son visage puis sent ses cheveux : « Il accumule des sensations, pour après, quand elle sera morte ». Une tentative bouleversante de graver dans le corps, toujours, la matière des souvenirs pour déjouer l’évanescence de la mémoire. Un premier roman aussi puissant que délicat. 

« Elle, la mère », d’Emmanuel Chaussade, Les Ed. de Minuit, 96 p., 12€

« UNE FAROUCHE LIBERTÉ », DE GISÈLE HALIMI AVEC ANNICK COJEAN

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« C’est pas juste ! ». A 10 ans, Gisèle Halimi entamait une grève de la faim, refusant de servir ses frères, sous prétexte qu’elle était née femme. « Eh bien,  » c’est toujours pas juste « , quatre-vingts ans plus tard », clame-t-elle. « Une farouche liberté », écrit avec la journaliste Annick Cojean, est pau en août dernier, peu avant son décès, à 93 ans. Ces souvenirs choisis nous font embarquer dans le tourbillon des 70 ans de combats de cette inlassable révoltée. En 1960, la célèbre avocate fait de Djamila Boupacha, jeune militante algérienne indépendantiste, torturée et violée, « le symbole des ignominies commises par la France ». Et que dire du procès de Bobigny en 1972, dans lequel elle défend Marie-Claire Chevalier, violée à 16 ans et dénoncée par son violeur à la police pour s’être fait avorter ? La loi de 1920 sanctionnait alors l’avortement. A la barre, Gisèle Halimi révèle avoir elle-même avorté. La jeune fille et sa mère, jugée comme « organisatrice », seront relaxées à la suite d’un procès houleux.  Le verdict tombé, le scandale passe mais les lignes ont bougé. Au crépuscule de sa vie, il est temps de passer le flambeau. C’est ainsi que ce recueil s’achève dans un message poignant aux futures générations : les injustices persistent dans cette société patriarcale. Les femmes ont presque un devoir. Celui de s’unir et poursuivre la lutte engagée pour obtenir des avancées. Etre attentive, ne rien laisser passer. « Soyez solidaires. Pas seulement en écrivant « Moi aussi » (Me Too) sur les réseaux sociaux. C’est sympathique mais ça ne change pas le monde ». A bon entendeur !

« Une farouche liberté », de Gisèle Halimi avec Annick Cojean, Ed. Grasset, 160 p., 14,90€

« UN BONHEUR SANS PITIÉ », D’ERIC GENETET

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Marina est une femme qui mène sa barque. A 33 ans, cette responsable d’un cinéma multiplexe gère une cinquantaine de personnes avec enthousiasme et efficacité. Après une rupture amoureuse, elle reprend contact avec Torsten, un flirt de jeunesse, en naviguant sur les réseaux sociaux. Puis elle le revoit. Ses yeux sombres, sa barbe épaisse, la puissance qui se dégage de cet homme provoquent chez elle une attirance immédiate et irréversible. Quelque chose l’alerte pourtant. Une intuition qu’elle n’écoute pas puisque l’amour s’installe : « Je vis à mille à l’heure la passion que j’attendais, celle qui dépasse tous mes rêves, enfin. »

Mais aux premiers mois de bonheur absolu succèdent les reproches, les mots cruels et la violence de Torsten. Jusqu’à quel point est-on prêt à se compromettre pour s’accrocher à son idéal ? A se renier, alors même que ce rêve n’est déjà plus qu’une coquille vide ? Alternant les points de vue, Eric Genetet raconte la chute d’une femme tombée amoureuse d’un homme qui n’existe pas et questionne notre responsabilité dans les projections que l’on fait sur l’autre. Un livre poignant. 

« Un bonheur sans pitié », d’Eric Genetet, Ed. Héloïse d’Ormesson, 160 p., 16€



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